Fabian de Montjoye - Antiquaire Paris


 

Bagues antiques, bagues médiévales, bagues renaissance | Bagues anciennes
Camées et intailles romaines

Grande bague à miniature en or rose du 18e siècle. « Ego in Arcadia »

Chaton plat, rectangulaire à pans coupés, orné sous verre d'une délicate miniature peinte sur ivoire, représentant une scène pastorale mélancolique, traitée en grisaille sépia rehaussée d'aquarelle. Il s’agit d'une bergère d'Arcadie s’approchant d'un tombeau sur lequel est inscrit : « Ego in Arcadia ». Des pensées, fleurs hautement symboliques, croissent au pied du mausolée. L’anneau est rehaussé d'un fleuron fin appliqué sur chaque épaule.
La bague est dans un état de fraîcheur exceptionnel, sans nul défaut. Son écrin d'origine, en galuchat noir, l’accompagne.
Il s’agit ici du seul exemple que je connaisse de bague à caractère littéraire si nettement explicite. Illustration de la morale épicuriste : « carpe diem », tellement d'actualité à l’époque révolutionnaire qui produisit ce bijou ! Ce pourrait être la bague d'un vicomte de Chateaubriand ou d'une baronne de Staël !

Le sujet fait référence au célèbre tableau de Poussin (« Les bergers d'Arcadie », conservé au musée du Louvre) qui a inspiré un beau commentaire de Diderot au Salon de 1767. Diderot écrit : « Voyez comme Poussin est sublime et touchant lorsqu’à côté d'une scène champêtre, riante, il attache mes yeux sur un tombeau où je lis : Et ego in Arcadia. » En fait, Diderot a mal lu, car, sur le tableau de Poussin (qui a aussi inspiré le peintre Hubert Robert), est inscrit : « Et in Arcadia ego ». Le poète Jacques Delille a reprit ce thème préromantique de pastorale mélancolique dans son poême des Jardins : « Imitez le Poussin: aux fêtes bocagères / Il nous peint les bergers et les jeunes bergères / Les bras enlacés, dansant sous les ormeaux / Et près d'eux une tombe où sont écrits ces mots / Et moi aussi je fus pasteur dans l’Arcadie. » Et il ajoute en note: « Ces contrastes de sensations moitié voluptueuses, moitié tristes, agitant l’âme en sens contraire, font toujours une impression profonde, et c’est ce qui m’a engagé à jeter au milieu des scènes riantes des jardins, la vue mélancolique des urnes et des tombeaux consacrés à l’amitié ou à la vertu. » Ce fut sans doute d'avoir ressenti une telle « agitation d'âme », qui poussa, à la fin du 18e, la princesse Radziwill à faire édifier un tombeau portant cette inscription dans le parc de son château en Pologne.
En fait, la véritable source d'inpiration de cette bague fut le conte moral de Jean-François Marmontel, intitulé « Palémon », rédigé pendant la Révolution.Le texte s’ouvre ainsi: « Après avoir longtemps considéré dans un religieux silence le tombeau sur lequel étaient gravés ces mots, Et moi, je vivais aussi dans l’Arcadie, des bergers, de jeunes bergères, que la vue de ce monument avait tristement occupés, s’en allaient émus et pensifs, l’amant à côté de l’amante, les uns les yeux baissés, les autres, d'un regard attendri, s’exprimant sur ce qui se passait dans leur âme, quelques-uns se donnant la main, et semblant se dire l’un à l’autre: puisque c’est là le terme où tout finit, au moins aimons-nous jusque-là. » Un vieillard rencontré par les bergers livre le fin mot de l’histoire. Ce tombeau est celui de sa fille Lycoris. Elle était promise au berger Myrtis, mais celui-ci mourut le jour de ses noces, et elle le suivit de près dans la tombe. Myrtis s’était dépouillé de sa tunique nuptiale, pour se plonger dans les eaux du lac d'Arcadie. Mais lorsqu’il en sortit, aussi pur, aussi éclatant que la fleur du lis ou celle du narcisse, lorsqu’elle brille encore de la rosée du matin, un énorme serpent, qui se tenait caché sous l’herbe, et qui se sent foulé par Myrtis, se dresse, l’enveloppe, se replie autour de son corps et l’étouffe… La morale, implicite, renvoie au thème épicuriste, cher au Ronsard des « Amours » : « carpe diem », nul ne sait ce que le destin réserve et la rose fraîchement éclose au matin peut se retrouver fanée le soir venu !







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